Les Armoiries
Dans sa séance du 22 octobre 1924, le conseil municipal a adopté
les armoiries de la Commune, qui se blasonnent comme suit :
« Pallé d’argent et de gueule de huit pièces
à la bordure composée de sable et d’or ».
Evoquant son ancienne dépendance de Corsier, il a repris les armes
des seigneurs d’Hauteville, qui forment le centre des armoiries
municipales et pour marquer l’autonomie d’Anières,
ces armes sont entourées d’une bordure de composition noire
et or, tirées des armoiries de la famille des Saint Michel.
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Il s’agit bel et bien des armoiries qui auraient pu être les nôtres
si le Conseil municipal n’en avait pas décidé
autrement en 1924.
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En effet, en découvrant dans les archives du service que je dirige
des documents relatifs à la création des armoiries des communes
genevoises, qu’elle ne fût pas ma surprise de découvrir
que celle d’Anières auraient pu être différentes
de celles que nous connaissons.
Il n’en fallait pas plus pour exciter ma curiosité et me
conduire à mener une petite enquête dont je vous livre ici
le résultat.
Après la Restauration de la République en 1814, les communes
ont employé pour leur usage particulier les armoiries cantonales,
symbole de leur union et de leur agrégation à la même
patrie.
D’autres emblèmes ne tardèrent cependant pas à
apparaître, tout d’abord sans aucun caractère officiel,
blasons aux couleurs traditionnelles des villages, blasons de circonstance
ou de fantaisie.
L’esprit communal prenant de plus en plus conscience de lui-même,
le moment devait fatalement venir où les municipalités chercheraient
à grouper leurs ressortissants autour d’un nouveau symbole,
qui serait l’expression de leur sentiment à la fois particulariste
et fédératif.
Ce symbole ne pouvait prendre qu’une forme héraldique ;
il suffisait, pour le définir, de rendre officiels ces emblèmes
locaux que l’usage avait déjà répandus, ou
que d’autres raisons faisaient admettre ; ainsi naquirent les premières
armoiries communales genevoises, adoptées par les délibérations
des conseils municipaux.
Plainpalais ouvrit la marche en 1892, Chêne-Bougeries suivit en
1894, puis vinrent d’autres communes.
A partir de 1912, les Archives d’Etat se chargèrent de revoir
les projets présentés par les mairies, de faire elles-mêmes
les recherches et de formuler leurs propositions. Avec l’appui d’experts,
les Archives d’Etat purent présenter, aux communes qui ne
s’étaient pas encore déterminées en 1924, le
résultat de leur enquête.
C’est donc dans ce contexte qu’en date du 15 avril 1924,
l’Archiviste de l’Etat de Genève a fait la proposition
suivante à la commune d’Anières :
Il semble à première vue que l’histoire
et surtout l’histoire féodale d’Anières se confonde
avec celle des communes voisines d’Hermance et Corsier. Tel fut
peut être le cas au 18ème siècle, au moment du rachat
des droits féodaux ; mais au moyen âge, on trouve dans notre
contrée et à Anières même, une famille noble
qui en porte le nom ; éteinte au 15ème siècle, cette
famille d’Anières ne nous a point laissé de documents
qui fassent connaître ses armoiries ; par contre, nous trouvons
au 16ème siècle et au commencement du 17ème siècle,
des droits féodaux appartenant à la famille de Saint Michel,
seigneur d’Avully ; ces droits dépendaient d’un domaine
qui doit bien être considéré comme le siège
d’une maison forte, soit du château d’Anières.
Ce domaine fut vendu par les Saint Michel en 1616 à un bourgeois
de Genève originaire d’Italie, César Lombard ; au
18ème siècle, il est aux mains des seigneurs d’Hermance,
les Ferrod de la Sarre, puis les de Blonay.
L’historien de la famille Lombard rapporte en 1884 que sur cet ancien
manoir, qui avait appartenu au Dr. Dupin et qui était alors possédé
par M. Perréard, on voyait sculptés sur une des portes,
les trois « ailerons » armes de la famille de Saint Michel.
Les de Saint Michel sont une ancienne famille de la bourgeoisie genevoise
; reçue dans la communauté en 1386, elle lui fournit des
Conseillers et un syndic en 1460 ; elle acquit ensuite la seigneurie d’Avully
en Chablais et s’éteignit au commencement du 17ème
siècle.
Adopter leurs armoiries comme armoiries de la commune d’Anières,
ce serait donc s’attacher dans l’histoire de la localité
aux souvenirs qui marquent ses anciens rapports avec Genève, en
même temps donner un sens nouveau à l’ancien lien féodal
qui unissait les habitants des villages et qui est devenu, avec le temps
et la transformation des institutions, le lien communal.
Les armoiries des Saint Michel sont connues par le cachet d’Antoine
seigneur d’Avully, sur une lettre de 1589 aux Archives de Genève,
et par les armoriaux.
D’après ce cachet, l’écu
est coupé et donne :
« Au 1er un aigle, au 2ème, un vol,
c’est-à-dire deux ailes ».
Les armoriaux de Besson et de Califfe donnent une
variante qui est à la fois plus simple et plus décorative
:
« Coupé d’or et de sable, à l’aigle de
l’un dans l’autre »
Nulle part, il n’est question des trois ailerons
signalés en 1884 sur la maison Perréard. Il devait s’agir
sur cette sculpture d’un aigle ou d’un vol.
Je me permets de recommander la variante Besson
au Conseil municipal de la commune d’Anières.».
Le Conseil municipal* lors de sa séance du 24 mai 1924 décida
ceci :
« Il n’est pas donné de suite à la proposition
d’adoption d’armoiries faite par le Département de
l’Intérieur. D’une manière générale
le Conseil ne juge pas la chose opportune et en tout état de cause,
trouve le projet trop compliqué comme dessin ».
* F.J. Rossiaud, Maire, MM. Chollet, Fleuret, Dessarzini, Barbey, Huissoud,
Pochat, Dumont, Villard.
Ces informations ne firent qu’amplifier ma curiosité et
celles de mes deux adjoints et nous décidâmes de mandater
le Bureau de recherches généalogiques pour réaliser
une reproduction des armoiries de la famille de Saint Michel, telles qu’elles
sont blasonnées dans le projet d’attribution à la
commune d’Anières du 15 avril 1924, soit «
Coupé d’or et de sable, à l’aigle de l’un
dans l’autre ».
En espérant que cette petite aventure de notre commune aura suscité
votre intérêt, je vous souhaite à toutes et à
tous un excellent été, et le cas échéant,
d’excellentes vacances.
Patrick Ascheri
Maire
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